Rencontre avec Julie Maresq

Rencontre avec Julie Maresq, artiste photographe qui nous présente sa série: « La couleur des filles ».


Présente nous une de tes séries ?

Alors la couleur des filles, le point de départ c’est un parcours d’art contemporain en Normandie. Donc la commande c’était de créer une œuvre in situ pour un lieu de cette ville, voilà. 

« Bah c’est une femme, on va lui donner le rose ! »

On était sept artistes à être invité on avait tous un lieu précis de la ville. Et on devait créer une œuvre en lien avec ce lieu. Donc moi j’ai travaillé sur une usine qui a été une ancienne filature

J’avais créé une œuvre de dessins autour d’ouvrières de la filature. Ce parcours durait tout l’été donc comme c’était un peu dispatché aux quatre coins de la ville. Il y avait toute une charte graphique qui avait été créé pour l’occasion. Un graphiste avait travaillé sur des brochures, des plans… Il y avait tout un tas de documents à dispositions des gens qui voulaient voir toutes les œuvres. Et donc le jour du vernissage j’ai découvert toute cette communication.

Il se trouve que sur les sept artistes invités j’étais la seule femme-artiste. Et comme j’étais la seule femme-artiste, il y a un truc qui s’est imposé un peu au graphiste qui avait décidé d’attribuer une couleur à chaque artiste. Ce jeune graphiste s’est dit : « Bah c’est une femme, on va lui donner le rose ! ». 

Voilà donc je me suis retrouvée avec toute la communication autour de mon œuvre qui était quand même une œuvre sur la lutte des femmes ouvrières dans les années 20. Un truc quand même ultra engagé, légèrement féministe, voilà. Le gars me file la couleur rose quoi. Donc je me retrouve avec la communication autour de mon œuvre qui s’appelle « l’ouvrière » en rose bonbon. Partout dans la ville, partout dans les flyers partout sur les plans, les catalogues ect…

« merci grâce à vous je suis vraiment devenu rose quoi »

Ça m’a mise un petit peu en colère, ça m’a un petit peu énervé. Mais bon sauf qu’il était trop tard hein de toute façon, c’était comme ça. Et je suis rentrée chez moi et j’ai ruminé ça quelques temps. Jusqu’à me dire, je sais pas comment, je crois que c’est un peu la première fois que ça m’arrive. J’ai eu besoin de me mettre en scène. Donc j’ai fait un autoportrait où je me suis mise nue je me suis recouverte de peinture rose.

J’ai fait un autoportrait à peu près grand comme ça, où je suis complètement recouverte de peinture rose. C’était une manière de parler au graphiste quoi de lui dire : « merci grâce à vous je suis vraiment devenu rose quoi ».

Et au-delà du graphiste après je me suis aussi posé la question de, il se trouve que j’ai deux filles, deux qui, toutes les deux à l’âge de 2 ans sont devenus absolument dingues du rose, bien que je ne chérisse pas tellement cette couleur. Elles ont voulu devenir des princesses, voulaient, je sais pas, mettre du maquillage, porter des robes, dès qu’on achetait un truc, voilà, il fallait que ce soit rose, enfin vraiment c’est devenu un truc un peu obsessionnel quoi. Alors s’est passé hein. Mais n’empêche que pendant un an deux ans, il y a eu comme ça cette obsession du rose, d’être une petite fille voilà.

Et donc ça m’a amené à me poser la question de ce que ça veut dire culturellement d’être une fille ? Et de ce que ça implique cette couleur. Donc c’est un questionnement aussi sur la représentation du corps de la femme. Notamment des corps comme les miens, il y en a quand même assez peu représenté. En tout cas moi j’en vois peu où je le vois assez mal fait quoi. Fin, en tout cas ça m’interpelle, une espèce de bienveillance sur « les grosses sont belles ». Je sais pas, il y a quelque chose qui me, que je trouve qui ne marche pas.

Et sinon quand des corps gros, de femmes, sont représentés… rarement en autoportrait et souvent en portrait assez… assez brutal quoi. C’est-à-dire soit on est dans un extrême soit dans l’autre. Mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas  trop d’entre deux quoi. 

Il y a cette question du rose, cette de question de la place des filles, de l’éducation des filles, de la symbolique du rose, du vêtement de princesse au travers de mes filles. Puis aussi de la représentation du corps de la femme avec des corps qui ne sont pas normés ou stéréotypés, des corps comme les miens. Donc je me suis mise à photographier mes varices des choses qu’on n’a peut-être pas envie de voir mais qui finalement, pour moi graphiquement sont assez belles. Donc la couleur des filles c’est tout ça. C’est pas encore fini. 

Pour la première fois aussi dans ces images il y a pas de fond. C’est-à-dire que moi j’ai toujours photographié du portrait avec un environnement hyper présent. Là pour le coup là c’est vraiment une image frontale il n’y a pas de décor, il y a vraiment juste des corps. Et puis j’ai ouvert aussi la série à d’autres mères donc ça c’est un travail que j’ai fait assez récemment.

J’ai fait une image avec mes filles où on est totalement nues mais recouvertes de peinture rose. Et ce, ce processus là enfaite la je l’ai ouvert à d’autres mères avec leurs enfants. Je les ai invité chez moi avec leurs enfants je leur demande de se mettre intégralement nues. Je leur propose de faire elles-mêmes le mélange de la peinture. Donc elles ont le blanc, le rose et elles voient à peu près la dose de rose qu’elles veulent mettre sur elles. Et du coup, je les installe, je les mets en position et je les recouvre intégralement de peinture. Donc il y a un coté aussi structural à l’image qui est pour moi hyper intéressant.

En ouvrant à d’autres mères aussi j’ai du coup ouvert à des petits garçons. Il y a aussi cette question du bleu qui vient d’apparaître. Et de comment le bleu et le rose se mélangent. Comment le bleu prend assez facilement le pas sur la couleur rose. Enfin voilà il y a tout un questionnement autour de la couleur.

Pour en savoir plus sur Julie et son parcours, rendez-vous sur la chaine youtube de 8ème Vestibule.

Et sur son site:
https://juliemaresq.com/